Manipulation : Comment deux escrocs ont arnaqué un empereur

Je vais vous raconter tout de suite une petite histoire… grâce à laquelle vous comprendrez certains mécanismes liés à la manipulation…

Vous arrive-t-il de vous sentir impressionné par certaines personnes ? Par exemple, vous sentez-vous impressionné devant votre médecin, qui a fait de longues études pour obtenir ses diplômes… et qui doit être « drôlement intelligent » pour faire ce métier ?

Vous laissez-vous impressionné par votre banquier ? Pensez-vous ceci : « Mon banquier, c’est quand même la personne qui décide de m’accorder un prêt… et qui a le pouvoir de décider si je peux acheter un appartement… » ?

Et devant un huissier ou un avocat, qui connaissent la loi cent fois mieux que vous, comment vous sentez-vous ? Et devant des assureurs, des gendarmes, des policiers ? Devant votre patron, êtes-vous à l’aise ?

Vous arrive-t-il de vouloir plaire à certaines personnes, quitte à ne pas être tout à fait vous-même ?

Imaginez par exemple que vous vouliez plaire à votre patron… Serez-vous toujours franc avec lui ? S’il fait quelque chose qui vous dérange, allez-vous le lui dire systématiquement ? Ou bien allez-vous vous taire afin de ne pas le froisser, et afin de rester « bien vu » par lui ?

Si vous avez répondu « oui » à quelques unes de ces questions, j’aimerais vous rappeler cette citation de Napoleon Hill :

« Les opinions sont les denrées les moins chères. Chacun de nous en a une foule. Si vous vous laissez influencer lorsque vous avez à prendre une décision, vous n’arriverez à rien de bien. »

Autrement dit, ne laissez pas les autres vous dire ce que vous devriez penser.

Et ne laissez pas les autres vous dire ce que vous devriez voir…

Le conte qui suit illustre bien ce que cela coûte de laisser les autres nous dire ce que nous devrions voir :

Ce conte a été écrit par Hans-Christian Andersen, et a été publié pour la première fois en 1837 ; il s’appelle « Les habits neufs de l’Empereur »…

Juste après ce conte, je vous donnerai les 3 règles que ce conte illustre, et que nous devons toujours garder en tête… pour ne pas vivre le même embarras que les personnages de ce conte :

Il était une fois un Empereur, qui aimait tant les beaux habits neufs qu’il dépensait tout son argent pour être bien habillé. II ne se souciait ni de passer ses soldats en revue, ni d’aller au théâtre, ni de se promener au bois, s’il ne pouvait y montrer ses habits neufs. Il en avait un pour chaque heure de la journée ; et de même qu’on dit d’un roi qu’il est au Conseil, on disait couramment de lui : « Sa Majesté est dans son cabinet de toilette, à changer d’habits ! »

Or, on s’amusait beaucoup dans la grande ville de l’Empereur et les étrangers y affluaient sans cesse. Un beau jour, il y vint aussi deux escrocs qui affirmèrent être tisserands et déclarèrent savoir tisser la plus magnifique étoffe du monde. Non seulement les couleurs et le dessin en étaient d’une beauté incomparable, mais les vêtements confectionnés avec cette étoffe possédaient la propriété merveilleuse d’être invisibles aux yeux de ceux qui ne convenaient pas à leurs fonctions ou qui étaient simplement idiots.

« Voilà de bien précieux habits, pensa l’Empereur ; grâce à eux, je pourrai reconnaître ceux de mes sujets qui sont incapables de remplir leurs fonctions et distinguer les sots des gens d’esprit ; oui, il faut à tout prix que je me fasse tisser de cette étoffe ! » Là-dessus, il donna une forte somme aux deux escrocs, et les pria de se mettre immédiatement au travail.

Ils dressèrent en effet deux métiers à tisser et firent semblant de travailler, quoiqu’il n’y eût absolument rien sur les bobines. Sans cesse ils demandaient la soie la plus fine et l’or le plus pur ; mais ils fourraient le tout dans leurs sacs et travaillaient jusqu’au milieu de la nuit sur des métiers vides.

« Je voudrais bien savoir où ils en sont » pensa l’Empereur, mais au fond il était un peu inquiet à l’idée que cette étoffe était invisible pour les imbéciles et les incapables. Non pas qu’il eût la moindre crainte pour lui-même ! Pourtant il préféra envoyer quelqu’un pour voir si l’ouvrage avançait. Tout le monde avait entendu parler des qualités merveilleuses que possédait l’étoffe, et tous brûlaient d’impatience de savoir à quel point leur voisin était bête ou incapable.

« Je vais envoyer aux tisserands mon bon vieux ministre, pensa l’Empereur ; il saura mieux qu’un autre juger l’étoffe, car c’est un homme d’esprit et personne ne remplit mieux ses fonctions que lui ! »

Le bon vieux ministre, qui était l’honnêteté en personne, entra donc dans la salle où les deux escrocs travaillaient devant leurs métiers vides : « Bonté divine ! pensa-t-il, en ouvrant de grands yeux, je ne vois rien du tout ! » Mais il se garda bien de le dire.

Les deux escrocs l’invitèrent à s’approcher, et lui demandèrent comment il trouvait le dessin et les couleurs. Devant le métier absolument vide, le pauvre vieux ministre écarquillait de plus en plus les yeux, mais sans rien voir, pour la raison bien simple qu’il n’y avait rien à voir. « Seigneur Dieu ! pensa-t-il, est-il possible que je ne sois qu’un idiot ! Jamais je ne l’aurais cru, mais il ne faut pas qu’on s’en doute ! Ne serais-je pas à la hauteur de ma tâche ? Je me garderai bien de dire que je n’ai pas vu l’étoffe. »

– Eh bien ! vous ne dites rien ? fit l’un des tisserands.

– Oh ! mais c’est charmant ! tout ce qu’il y a de plus ravissant ! répondit le vieux ministre en mettant ses lunettes. Ce dessin et ces couleurs… Ah ! oui, je dirai à l’Empereur que cela me plaît beaucoup !

– Nous en sommes enchantés, dirent les deux tisserands.

Puis ils se mirent à énumérer toutes les couleurs du tissu et à en expliquer le dessin. Le vieux ministre écouta de toutes ses oreilles leurs explications, pour les répéter à l’Empereur.

Les escrocs demandèrent une nouvelle provision d’argent, de soie et d’or pour le tissu. Comme la première fois, ils fourrèrent tout dans leurs poches, et ils continuèrent à travailler à vide.

L’Empereur envoya bientôt un autre brave fonctionnaire pour voir si l’étoffe n’était pas bientôt prête. Il lui arriva la même chose qu’au ministre ; il regardait et regardait toujours, mais comme il n’y avait rien que les métiers vides, il ne put rien voir.

– N’est-ce pas que l’étoffe est remarquable ? demandèrent les deux fripons, en montrant et en expliquant le superbe dessin qui n’existait pas.

« Cependant, je ne suis pas bête ! pensa notre homme. Serait-ce donc que je ne suis pas à la hauteur de ma tâche ? C’est à n’y pas croire ! Mais je ferai de mon mieux pour que personne ne s’en aperçoive ! » Il fit donc l’éloge de l’étoffe qu’il ne voyait pas, et leur témoigna toute son admiration pour les jolies couleurs et le ravissant dessin : « C’est une merveille ! » dit-il à l’Empereur.

Toute la ville ne parlait plus que de la magnifique étoffe.

Enfin, l’Empereur voulut la voir lui-même, pendant qu’elle était encore sur le métier. Accompagné d’un grand cortège d’hommes d’élite, parmi lesquels se trouvaient les deux braves fonctionnaires, il se rendit auprès des adroits escrocs qui travaillaient comme des esclaves, mais toujours sans le moindre fil d’or ou de soie.

– Eh bien, Sire, l’étoffe n’est-elle pas magnifique ? dirent les deux braves fonctionnaires. Que votre Majesté regarde ces couleurs, ce dessin ! Et ils montrèrent le métier vide, pensant que les autres voyaient sans doute l’étoffe.

« Ah, mon Dieu ! pensa l’Empereur. Je ne vois rien du tout, c’est épouvantable ! Serais-je un sot, incapable de gouverner mon empire ? Ce serait le plus grand malheur qui pût m’arriver ! »

– Oui, oui, c’est splendide ! dit l’Empereur à haute voix. Sur quoi il fit un signe de tête plein de satisfaction ; et il regardait le métier vide, n’osant dire qu’il n’y voyait rien. Toute sa suite avait beau regarder, elle n’y voyait rien, pas plus que les autres. Malgré cela, chacun dit comme l’Empereur : « Oui, oui, c’est splendide ! » Ils lui conseillèrent même de revêtir cette nouvelle et superbe étoffe à la procession qui allait bientôt avoir lieu. « C’est magnifique, c’est charmant, c’est admirable ! » entendit-on de tous côtés, et la satisfaction était générale.

L’Empereur daigna décorer les deux escrocs de sa propre main et leur donna le titre de « Tisserands de la Cour Impériale ».

Toute la nuit qui précéda le jour de la procession, les deux escrocs veillèrent et travaillèrent à la clarté de seize chandelles. On voyait bien qu’ils se donnaient beaucoup de peine pour terminer les habits neufs de l’Empereur. Enfin, ils firent semblant d’enlever l’étoffe du métier, commencèrent à couper dans l’air, avec de grands ciseaux et à coudre avec des aiguilles sans fil, après ils déclarèrent que le vêtement était prêt.

L’Empereur arriva avec tous ses courtisans, et les deux escrocs, levant un bras en l’air, comme s’ils tenaient quelque chose, dirent : « Voici les pantalons ! Voici l’habit ! Voici le manteau ! etc. C’est léger comme une toile d’araignée, tellement léger qu’on croirait n’avoir rien sur le corps. C’est la qualité inestimable de cette étoffe ! »

En effet, dirent tous les courtisans, mais ils ne voyaient rien, puisqu’il n’y avait rien.

– Votre Majesté voudrait-elle se laisser déshabiller, dirent les escrocs, pour que nous lui essayions les habits neufs devant la grande glace ?

L’Empereur se laissa déshabiller et les deux escrocs firent semblant de lui présenter une pièce après l’autre. Ils lui prirent le corps comme pour lui attacher quelque chose : c’était la traîne, et l’Empereur se tournait et se retournait devant la glace.

– Grand Dieu ! que ces habits vont bien ! la coupe en est parfaite ! s’écrièrent tous les courtisans. Quel dessin ! Quelles couleurs ! Quel superbe costume !

Le grand maître des cérémonies vint annoncer :

– Le dais sous lequel Votre Majesté doit se tenir pendant la procession est devant la porte !

– Bien, je suis prêt, dit l’Empereur ; je crois que je ne suis pas trop mal ainsi ! Et il se tourna encore une fois devant la glace, pour se donner l’air d’admirer sa splendeur.

Les chambellans, qui devaient soutenir la traîne, firent semblant de ramasser quelque chose et gardèrent les bras tendus comme s’ils portaient une étoffe ; pour rien au monde ils n’auraient voulu laisser supposer qu’ils ne voyaient rien.

L’Empereur se mit en marche sous le dais magnifique et tout le monde, dans la rue et aux fenêtres, s’écriait :

« Dieu ! que les habits neufs de l’Empereur sont beaux ! Quelle coupe ! Quelle traîne magnifique ! » Personne ne voulait avouer qu’il ne voyait rien : c’eût été se déclarer bête ou incapable. Jamais les habits de l’Empereur n’avaient eu un tel succès.

– Mais l’Empereur n’a pas d’habit du tout ! fit tout à coup un petit enfant.

– Seigneur Dieu, entendez la voix de l’innocence, dit le père.

Et le bruit de ce qu’avait dit l’enfant se répandit dans la foule.

– Il n’a pas d’habits du tout, c’est un petit enfant qui vient de le dire ; il n’a pas d’habits du tout !

Mais il n’a pas d’habits du tout ! s’écria enfin tout le peuple. L’Empereur eut un petit frisson, car il lui sembla bien qu’ils avaient raison, mais il pensa : « Il faut pourtant que je tienne bon, jusqu’à ce que la procession soit finie ».

Et il prit une mine plus majestueuse encore, tandis que les chambellans soutenaient respectueusement la traîne d’un manteau qui n’existait pas.

(d’après une traduction de Paul Leyssac)

Je suis sûr que vous avez aimé ce conte…

Le moment est venu de s’arrêter 2 minutes, et d’y réfléchir un peu…

Que nous apprend-t-il ? Quelles conclusions pouvons-nous en tirer ?

Et vous, dans votre vie, vous comportez-vous (parfois) comme un des personnages ? Lequel ? Pensez-vous devoir changer quelque chose dans vos comportements ?

Difficile à dire ? Alors laissez-moi vous suggérer trois idées que je retiens de ce conte. Ces trois idées, ce sont avant tout trois règles, que nous devrions, je pense, garder toujours en tête… et qui nous aideront à être moins manipulables

Si vous retenez ces trois règles, elles vous aideront à mieux vous affirmer.

Retrouvez tout de suite ces trois règles en complétant ce formulaire… je vous les enverrai JUSTE APRÈS par e-mail :

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